MODELES
Sheri Chiu

Commentaire en es-tu venue à être modèle ?
Ayant grandi à Hong Kong et à New York, j'étais toujours impliquée dans l'organisation du gala de charité mode de mes écoles. Après avoir passé des années dans les coulisses, ma curiosité m'a propulsé sur les devants de la scène, sur les podiums. J'ai auditionné pour être modèle lors des défilés de mode de mon université, j'ai été castée, et j'ai commencé à me construire un portfolio. Je suis devenue modèle d'art plus tard, comme un désir d'approbation, et de reconnaissance. Ayant grandi dans un environnement tourné vers la mode à Hong Kong, puis ayant grandi dans la ville libre et séduisante qu'est New York, je n'étais pas consciente de mes actions. Je réagissais souvent aux choses qui m'étaient faites, toujours à la recherche d'un moyen de nourrir ma faible estime de moi et gagner un petit sentiment de puissance.

Ton rapport au nu ?
J'été très perdue quand j'ai commencé dans le mannequinat, et je voulais utiliser cette forme d'expression comme un outil pour réparer mon image brisée. Quand j'ai commencé, je me suis appuyée sur la compliments de photographes pour stimuler mon estime de moi : être nue signifiait être belle. Aujourd'hui, être un modèle d'art signifie utiliser mon corps comme un outil d'auto expression, comme un moyen de communiquer la vision du photographe. Plus important, la nudité est la libération même et je trouve le vrai bonheur en cela. 

Etre modèle est-ce être exhibitionniste?
Je crois qu'un modèle et un exhibitionniste sont deux entités différentes, mais je suis l'un et l'autre à la fois. Je ne cherche pas nécessairement l'attention comme un exhibitionniste. J'adore jouer, j'aime réaliser une performance tout en étant surveillée. Si vous me rencontrez en dehors d'une séance photo, je suis quelqu'un de tout à fait simple !

Ton moteur dans la vie ?
Mon mari ! Non seulement il m'a encouragé à faire des choses que je n'aurais jamais faites (comme approche Eugenio Recuenco pendant Paris Photo et lui proposer d'être modèle). Mon mari m'aide à me poser les bonnes questions , notamment sur mon parcours et les tournants que je devrais prendre. C'est mon meilleur ami et mon coach de vie !

Ta pire expérience photographique ?
Aucune !

La meilleure ?
Je suis incroyablement chanceuse d'avoir beaucoup de grandes expériences que de n'en choisir qu'une serait une injustice pour les autres ! Mais les shootings les plus mémorables restent celles faites avec Eugenio Recuenco, Ren Hang, Jean François Gschwindt, Formento + Formento, Bretagne Markert, Gary Breckheimer, et Nicolas Guérin. Je travaille avec la plupart de ces photographes régulièrement, et ça a créé une véritable amitié qui va au-delà de la photographie. Travailler avec Recuenco était incroyable de par le valeur de la production: ce fut ma première fois avec un photographe de ce calibre ! J'étais extrêmement nerveuse face à une mise en scène excessive, avec différents jeux sur deux jours : toute une «forêt» construite avec des pneus de véhicule. J'étais le petit chaperon rouge essayant de trouver son chemin ! Une autre mise en scène a été montée pour donner l'impression que je suis plongée sous l'eau,  
en apnée, sans eau impliquée. Un de mes shooting préférées reste avec Nicolas, un éditorial sur le bondage réalisé pour Khube Magazine. Le shooting a eu lieu dans notre ancien studio tout en béton. Pour tout accessoire un kimono, de la lumière naturelle, et un artiste shibari. Contrairement à Recuenco, la production était minimaliste, mais les photos réalisées restent mes préférées après toutes ces années, parce qu'elles prouvent qu'une image belle peut résulter de la simplicité.

Les qualités d'une bonne modèle?
Je pense qu'un bon modèle doit être instruit et avoir une certaine compréhension de la danse et des arts visuels. Être capable de donner une variété de mouvements et de poses et ne pas avoir peur du ridicule. C'est toujours plus facile de maîtriser un modèle qui offre beaucoup, que d'essayer de pousser un modèle pour en faire plus. Je crois qu'un bon modèle est capable de rendre des émotions et d'agir. Il doit être en mesure d'écouter les directions des photographes et les interpréter à sa façon.

Les lieux pour te détendre ?

J'aime me détendre dans les parcs, près des canaux, et dans les cafés tranquilles.

Le lieu Le plus photogénique pour toi ?
J'apprécie beaucoup la variété des paysages de  Californie et l'intensité de New-York.

Ton livre de chevet ?
La Trilogie de New York par Paul Auster


Des photographes contemporains que tu admires ?
Andreas Gursky, Gregory Crewdson, Nadav Kandar, Steve McCurry, Erwin Olaf, Nick Knight, Roger Ballen, Paolo Roversi, Ruan McGinley, Nobuyoshi Araki, Gregory Colbert, Eugenio Recuenco, Todd Hido, Sarah Moon ...

La nudité dans la photographie tend-elle a une sexualisation ?
La nudité est notre état naturel ! Cet état a été dénaturé par sa perception dans les médias. Souvent, la nudité est associée à la pornographie ou à l'art, sans pour autant s'étendre à d'autres milieux. Ca a tendance à biaiser tout le monde. Nous pouvons être nus sans être sexy, et nous pouvons aussi être sexy sans être nus !

Que défend-tu ?
Le droits des femmes, les droits des animaux, et une éducation égalitaire pour tous ! 


Une anecdote pendant un shooting ?
Mon shooting le plus difficile a été avec Ren Hang où j'ai été suspendu. J'avais déjà du mettre un pigeon mort dans ma bouche, des tentacules de poulpe dans mon vagin, une tête de poisson sur mon épaule, et une tomate cerise dans le cul pour ses différents projets ! Mais plus récemment, j'ai travaillaé avec Ren sur un projet où j'avais des cordes nouées autour de mes chevilles : j'étais suspendue dans les airs et on il m'a demandé de mettre ma tête dans un sac en plastique rempli l'eau, et qui contenait des poissons rouges. C'est l'un des shootings les plus difficiles que j'ai fait ! Non seulement tout mon sang se précipitait dans ma tête, mais je ne pouvais pas respirer dans le sac et l'eau rentrait au fur et à mesure dans mes narines. La question demeure : pourquoi dois-je faire de telles choses? Parce que je fais confiance dans la vision de Ren. Je comprends que lorsque le modèle donne sangs et sueurs pour l'image, la photo est tout autant sa création qu'elle l'est du photographe. 

Ta type de journée?

Je cuisine et je fais du yoga tous les jours ! J'entraîne notre chat, Shadow, à faire des tours. Maintenant, je suis un privé instructeur anglais pour les enfants français. Je termine normalement la journée par le curling dans le lit avec mon mari et regarder un bon film.

Tes projets ?
Je prévois de revenir à New York et poursuivre une autre carrière en dehors de la mode. Peut-être retourner à l'école. Je vais peut-être travailler avec les animaux. Mais une chose est sûre : je vais continuer de poser nue !


- Retrouvez Sheri Chiu en exclusivité dans les pages de Normal N°6, éditorial complet signé Nicolas Guerin, et dans le Hors-Série N°1 -


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