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JULIEN BENHAMOU

PORTRAIT

Julien Benhamou est le photographe de la danse, du muscle et du mouvement. Qu’il photographie en plein air ou en studio, ça vole et ça virevolte, le style est aérien, la dynamique construite telle une mesure rythmée, dans laquelle on ne s’ennuie pas. Car il s’agit bien de cela ; même si l'image demeure figée, l’objet est versatile, volatil, mobile, animé par la cadence. Le spectateur est en haleine, il bat la cadence d’un léger hochement de tête, car le spectacle est vivant, il s’anime devant ses yeux pour lui permettre de se projeter dans la pièce, dans la scène. Par son art, Julien capture la poésie des courbes et des lignes tendues et bandées. Il nous offre le spectacle de l’esthétisme, le mouvement statufié, figé dans son éternité. Oubliez l’image académique des ballets classiques, les poses sont libérées des conventions, les références aux archétypes de la mode sont revendiquées : des lumières artificielles opalines aux reflets irisés, des jeux de matière et de texture, des danseurs posant tels des mannequins … Car ses modèles sont des artistes, des danseurs, de grands danseurs, l’élégance même. « Les artistes ont généralement des personnalités fortes, ils font de grands modèles, et sont une grande source d'inspiration ! Ces danseurs sont uniques, car ils ont l'équilibre et la fluidité du mouvement d'un modèle de mode, et parfois très supérieurs à un mannequin ! Ce sont des artistes et des interprètes, préoccupés par le résultat final, et non pas seulement par leur propre image noyée dans tout le processus. Ils n’ont pas seulement envie de paraître beaux dans l’image, ils veulent que le résultat final soit créatif, que leur image soit forte ou inhabituelle. Et cela est un plus grand défi encore ! »

INTERVIEW EXCLUSIVE

Peux-tu nous parler de ton parcours ?
Pour mes 13 ans, on m’a offert un appareil photo et je me suis tout de suite passionné pour la matière. En tenant ce boîtier j’ai eu immédiatement envie de créer. Je n’étais pas doué pour la peinture, le dessin, la sculpture, mais la photo … ça paraissait très simple de faire des images et ça m’a tout de suite intéressé. Pendant mes années de collège j’ai développé mon petit labo photo. Plus que l’objet en soi, la photographie me permettait d’aller vers les gens, de leur demander de poser, ce qui a créé des liens. J’étais assez timide, mais au collège puis au lycée, grâce à l’appareil, un lien social très fort s’est tissé. Et encore aujourd’hui la photo me permet d’aller vers des gens que jamais je n’aurais pu approcher autrement. Après le lycée, j’ai fait des études de photo à Paris, dans le 15e, des études assez techniques. À la sortie, je suis devenu assistant. J’ai notamment assisté François Rousseau, Valérie Belin, puis des gens de la mode et de la pub. Peu de temps après, j’ai commencé à faire des portraits pour des magazines, pour illustrer des interviews. En gros, je me cherchais beaucoup dans cette discipline. Je suis allé voir mon premier ballet à 27 ans, et là, révélation, je me suis dit que les artistes sur scène feraient de très bons modèles avec des images fortes. Le lendemain, j’ai rédigé un projet que j’ai présenté à l’Opéra de Paris. Je n’étais pas du tout dans le milieu. Ils m’ont donné rendez-vous et sans matière, ça s’est très bien passé. Ils ont validé le projet : des portraits fixes, des danseurs assis en gros plan. Et ce projet a été diffusé dans le magazine de l’Opéra en portfolio. Un agent du ministère de la culture est tombé sur ce projet et m’a proposé d’exposer dans les vitrines du Palais Royal, sous forme de diptyque. J’ai eu coup de bol sur coup de bol ! C’était il y a 8, 10 ans ! De plus en plus, l’Opéra m’a sollicité afin de réaliser des tests de production pendant le spectacle, pendant les représentations. C’est tout un métier, il fallait vraiment connaître la danse ! J’ai donc beaucoup potassé, j’ai fait plusieurs tests, les premiers avec des prises de mouvements horribles. Avec l’Opéra, et notamment la danse classique, il faut capter le moment juste, le bon mouvement. Après quelques échecs, les résultats ont été très probants et on m’a confié plusieurs projets. Je suis rentré à l’Opéra comme ça. Je réalisais des photos pour la presse, les programmes, les affiches. Et depuis, ça fonctionne très bien. J’ai tissé des liens avec les danseurs, j’ai alors voulu faire des projets personnels, des séances plus intimes. Je viens de la photographie de portrait avec une vision empreinte de mode et j’ai photographié ces danseurs comme des stars, comme pour des éditos, pas comme des magazines de danse. J’utilisais des justaucorps, mais les poses n’étaient pas figées, je travaillais sur un mouvement tout en le sublimant, et de là est venue cette singularité.

Es-tu catégorisé photographe de danse ?

Je me suis considéré d’abord comme portraitiste mais depuis 3 ans je développe un projet artistique. Je m’éloigne du portrait et de la représentation de la personne pour créer des images où j’utilise les corps. Et je travaille réellement le nu depuis 3 ans, chose que je n’avais jamais faite auparavant. Je n’avais jamais ouvert ce pan de la photographie qui offre des possibilités infinies.

Quelle approche as-tu de tes modèles ?
J’ai toujours été très sensible à la beauté des corps, aux lignes, aux formes, féminines ou masculines. Quand je photographie, je n’ai pas l’impression d’être tout seul aux commandes. Je fais une photo, et quand j’arrive à un résultat qui me plait, je vais voir le modèle et on en parle. Il me donne des idées, c’est toute une collaboration ! J’implique mes modèles qui sont des artistes, je ne travaille pas avec des mannequins. Ils ont un rôle créatif dans l’image. Au tout début, je leur demande de réaliser une improvisation. Je leur dis que c’est pour faire mes réglages, poser ma lumière mais souvent c’est parce qu’ils ont une gestuelle propre et que je peux m’en servir. J’ai une idée de base avec des inspirations photographiques ou picturales. Je leur montre l’idée originelle pour que l’on s’en détache progressivement et que l’on puisse aller dans une autre direction en échangeant ensemble.

- Retrouvez la suite de Julien Benhamou dans Normal Magazine n°7 -

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